Francesco Gattei, CFO du géant italien de l’énergie Eni, passe sur le grill pour expliquer ses priorités stratégiques. Bien sûr le contexte de pandémie impacte l’entreprise, mais elle doit aussi se projeter dans une économie « post carbone » qui sera de moins en moins dépendante du pétrole.

L’impact à court terme de la pandémie pour ENI

Dès mars 2020, l’Italie était le pays européen les plus durement touchés par la pandémie. Comme d’autres entreprises, Eni a du rapidement basculer ses équipes vers un fonctionnement à distance. En 24 jours, les deux tiers de ses 30 000 salariés mondiaux sont ainsi passés au télétravail.

Pour faire face à la baisse de la demande en pétrole et gaz, en raison des confinements, Eni a été soutenu par l’émission de deux obligations hybrides de 3 milliards d’Euros. Eni a également réduit ses Capex de 2.3 milliards d’Euros, soit 30% de baisse de plus que ses estimations de départ. Pour 2021, Eni prévoir une baisse supplémentaire des Capex de 30 à 35%. Objectif principal pour le CFO : rester agile pour profiter des opportunités de marché.

L’enjeu à long terme de la consommation d’énergie

Eni doit aussi penser à l’après pandémie et à un nouvel équilibre économique mondial sur de nouveaux choix énergétiques. La lutte contre le réchauffement climatique revient sur le devant de la scène avec notamment le retour des Etats-Unis dans le traité de la COP21.

Eni anticipe un retour à une forte demande énergétique, et une période de relance économique portée par la dépense publique aux Etats-Unis. Pour le CFO, ce contexte économique est l’opportunité de diversifier les activités de l’entreprise pour donner plus de place aux énergies renouvelables. Mais il pense que le pétrole a encore un avenir, à condition de supprimer ses émissions de carbone dans l’atmosphère. Pour les observateurs du marché de l’énergie, l’écart entre les objectifs de la COP 21 et la réalité de la consommation, toujours soutenue d’énergies fossiles, entrainera des actifs échoués (stranded assets : des investissements ou des actifs dont la valeur sera effritée).

Une fonction finance alimentée par les data

L’équipe finance de Francesco Gattei contribue à ce pivot énergétique grâce à la capture des bonnes data. L’idée est de mesurer l’évolution des leviers de valeur à travers tout le groupe. Eni collecte ainsi à 360° des données financières et non financières, pour mesure la création de valeur sur le long terme et de manière durable.

L’Intelligence Artificielle permet ainsi de simuler différents scénarios de planification du portefeuille d’activités de l’entreprise. En plaçant le changement climatique au cœur de la réflexion. Déjà utilisée sur les sites industriels pour les activités d’exploration et de prévision, l’IA s’est aussi fait une place dans le domaine comptable. Eni a développé l’automatisation de sa comptabilité, et prévoit de renforcer le rôle de l’IA pour suivre l’accélération du monde des affaires.

Au début de sa carrière chez Eni, Francesco Gattei allait en Russie, Kazakhstan ou Afrique pour négocier des contrats de production et des acquisitions. Ce qui implique de comprendre tous les facteurs en jeu localement, avec des leviers de valeur fluctuants. Aujourd’hui dans son rôle de CFO il comprend la valeur inestimable de disposer d’outils pour capturer les informations sur les prix, le volume de production, et les facteurs géopolitiques. Autrefois submergé d’information, le CFO peut désormais traiter toutes ces données et mieux comprendre les évolutions des marché, plus rapidement. Le CFO peut ainsi mieux conseiller le CEO et les autres parties prenantes de l’entreprise.